Il y a quelques jours Enn’ posait la question

Pouvez-vous raconter dix sons ancrés dans votre mémoire ? Dix sons de l'enfance ou d'après, des sons que vous entendez encore clairement qui vous remuent, vous chatouillent le neurone ? Dix sons madeleines  ?

Je veux bien essayer d’entendre à nouveau ces sons anciens… Je ne suis pas sure d’en trouver dix

-Petite, blottie au fond de mon lit, chez mes grands parents, j’entends au loin dans la maison le ronronnement de la télé, les discussions des « grands » sans savoir ce qu’ils racontent sans même chercher à le savoir. Je crois que ça me permettait de m’endormir paisiblement sans angoisse.
Savoir qu’il y a de la vie pas loin de moi me rassure. J’aime entendre sans écouter ce qui se passe autour de moi. Sur la plage avec un livre, installée sous un parasol, le bruit de la mer, les enfants qui jouent, les discussions plus ou moins animées me font décrocher de mon bouquin et plonger dans un demi-sommeil absolument merveilleux.
Je fais la même chose dans le train.

Ça compte comme trois sons ça ?

-Bien sûr la sonnerie de la barrière en bas, toujours chez mes grands-parents. Cette sonnerie annonciatrice du passage d’un train nous faisait courir en haut du coteau pour faire bonjour. On gesticulait pour attirer l’attention des voyageurs. A cette époque, pas de clim, les voyageurs étaient aux fenêtres et nous répondaient pour notre plus grand bonheur. Je crois que tous les enfants font ça.

-Encore des trains… Certains jours, ça dépend du vent, on entend de la maison les manœuvres des trains. Cette sonnerie lancinante identique à celle des alarmes de voiture ; la voix des cheminots dans les haut-parleurs… ni gêne, ni agacement ; ça fait partie de mon environnement rassurant.

-Un son plus récent mais qui a quand même plus de 20 ans. Les bruits de la rue sourds et atténués par la couche de neige qui recouvre le « Vélux » de ma chambre. Hé oui, j’ai passé 3 ans au Puy en Velay. Trois hivers enneigés. J’aimais bien entendre ces sons pourtant signes que ça allait être compliqué de sortir la voiture et d’aller au lycée.

-Les bruits de la forêt, de la nature... quand je me promène seule. Le craquement du sol sur lequel je marche, le vent dans les branches… en fait ce que beaucoup appelle le silence… Un silence rempli de bruits.

-Comme Enn’ moi aussi j’ai des souvenirs de la pendule Comtoise. Le tic-tac du balancier, la demi-heure et son coup de « cloche » unique, les heures qui sonnent deux fois à cinq minutes d’intervalle et sans interruption la nuit. Ça ne m’a jamais empêché de dormir, ni réveillé.
Pendule que ma grand-mère remontait une fois par semaine, j’aimais regarder les gros poids remonter derrière le balancier et le bruit de la clé qui les accompagnait.

Ça, ça fait deux sons quand même…

-Ce n’est pas vraiment un son mais ça fait partie de mes souvenirs sonores… Mon grand-père chantait en permanence, des chansons du début du siècle dernier, des airs d’Opéra… Pour moi le bricolage sans chanson ne peut pas exister. Les bruits de la perceuse, du marteau, de la forge, de la faux... sont accompagnés de chansons. D’ailleurs mon grand-père ne faisait pas que chanter, il récitait aussi « Donnes-lui donc à boire disait mon père ! », « Le coup passa si près que le cheval fit un écart en arrière et le chapeau tomba », « Bon appétit Messieurs.. » et nous nous l’écoutions, on essayait bien de réciter à nouveau ces grandes tirades mais il nous en manquait toujours un morceau.

-Mon autre grand-père lui siffler tout le temps. Mais ce sont les bruits de son atelier qui me restent en mémoire. Il était cordonnier, utilisait des outils particuliers ; des marteaux bizarres, des tranchets… Il y avait dans son atelier de grosses machines avec des brosses rondes plus ou moins dures, des meules. Elles tournaient à grande vitesse et dans un bruit infernal. Interdiction de s’en approcher quand elles tournaient. Par contre une fois à l’arrêt j’aimais passer les mains dans les brosses, certaines étaient d’une douceur incroyable (elles servaient à faire briller les chaussures).

-Là aussi ce n’est pas un son mais plutôt un souvenir sonore. La voix de mon arrière-grand-mère qui me racontait des histoires des après-midi entières. Je ne sais pas dire si elle était douce, mais je sais qu’elle me fascinait. La façon dont elle racontait ces histoires, jamais pareil, les intonations… je n’ai jamais retrouvé le même ton. Elle nous captivait, on ne pouvait plus s’arrêter d’écouter. Quand je lis ces histoires, j’entends sa voix et les mots qu’elle utilisait. Je ne sais malheureusement pas reproduire sa façon de raconter.

Un petit dernier pour la route et là je crois que j’ai le compte.

-Le crépitement de la cheminée. J’aime le feu de cheminée, je peux rester des heures à le contempler, je n’ai jamais trop chaud, sûrement que tout ce qui se dépose dans le conduit de la cheminée doit aussi se déposer dans mes poumons mais tant pis je ne peux pas me décoller de devant une cheminée.

Pour moi aussi beaucoup de souvenirs s'accompagne d'odeurs....

Contrat rempli je passe à qui veut...